J'ai eu l'occasion de disserter sur un sujet durant mes partiels qui était à quelques mots près : " faut il réformer le juge d'instruction ?" En effet, M. le président Sarkozy venait de faire son discours pour l'ouverture de session de la Cour de cassation. Je me repose aujourd'hui la question vu l'actualité.
C'est un fait, le juge d'instruction à l'heure actuelle n'est pas une institution acceptable. (affaire Outreau rabâchée et rabâchée en est un bon exemple.)
La où ça se corse, c'est quand il veut le remplacer par le juge « de l'instruction » que la commission Léger chargée d 'une proposition de réforme appelle « juge de l'enquête et des libertés ». Simple changement terminologique vous direz.
Eh bien non, ce n'est pas que cela.
Le juge d'instruction est aujourd'hui « juge du siège » donc magistrat indépendant, avec la réforme il sera magistrat du parquet (club des procureurs aujourd'hui, en résumé pour les profanes).
Ce dernier magistrat dit « debout » n'est pas indépendant c'est l'article 30 du code de procédure pénal qui en dispose ainsi : « le ministre de la justice (…) adresse aux magistrats du ministère public des instructions générales ». C'est donc la politique qui guide officiellement l'opportunité des poursuites. Cette hiérarchie n'est pas si grave quant il s'agit de la personne qui poursuit (quoique l'on puisse discuter de la chose), cela l'est beaucoup plus, concernant celui qui doit être neutre et sauvegarder les libertés essentielles.
On sait combien la politique est garante de la neutralité et de l'impartialité.
En outre la CEDH a elle même fait ce constat. Dans un arrêt du 13 juillet 2008, elle affirme que selon elle « le procureur n'est pas un magistrat » car il ne bénéficie pas de toute les garanties d'indépendance nécessaires et inhérentes à cette institution. Ajoutons que le conseil de l'Europe vient de rendre un rapport dans lequel il invite la France à revoir son projet qui démontre « l'utilisation abusive du système judiciaire répressif motivée par des considérations politiques ». Autant dire que ce n'est pas rien.
Ce qui ne va pas aujourd'hui chez le juge d'instruction c'est qu'il doit juger à charge et à décharge des dossiers quelquefois très complexes et que pour cela il est seul. Pas toujours évident de prendre la bonne décision au bon moment, surtout avec les influences médiatiques.
Alors oui, nous attendons un changement. Mais si nous voulons une réforme c'est justement car le juge d'instruction n'est pas assez juste et impartial alors pourquoi vouloir le rattacher au parquet.
Ensuite, il est trop facile de ressasser l'affaire Outreau pour faire passer n'importe quelle réforme. Oui cette affaire a été un fiasco oui il faut en tirer des leçons. Mais les bonnes leçons. Je rappelle que le juge d'instruction n'est pas seul pour enquêter, les procureur et les avocats doivent lui ouvrir les yeux sur les faits. Eh oui, grande nouvelle l'avocat ne sert pas à rien! Les avocats dans cette affaire ne venaient qu'à 1/3 des auditions, interrogatoires et autres de leurs clients, laissant ceux ci à la merci de l'irrespect de leurs droits.
Notre justice quoiqu'on en dise est bien faite, il y a un équilibre en théorie : avocat contre procureur et le juge d'instruction entre les deux, la pierre angulaire. Veut t-on faire s'écrouler cet édifice ?
Si la pratique est si différente, c'est que les praticiens sont des êtres humains avec leurs qualités, leurs défauts. S'ils ne jouent pas toujours le jeu, nous pouvons être sûr de ne pas bien rendre la justice, tout le monde doit y participer. En l'espèce, cela n'a pas été le cas. C'est bien la personnalité des protagonistes qui est en jeu et non l'institution elle même.
La commission Outreau a fait plusieurs propositions. Laissons les réformes se faire comme celle déjà votée et qui se mettra véritablement en place vers 2010 sur la collégialité des juges d'instruction et sur la création de pôles d'instruction. Cela permettrait de ne pas remettre en cause toute l'institution qui dans son principe est bonne et de lutter contre des protagonistes avec peu de conscience professionnelle.
Ensuite, selon la deuxième proposition de la commission (non suivie celle-ci à mon grand regret), il serait bien que le parquet soit détaché du ministère de la justice, qu'il n'y ait plus cette hiérarchie.
Pour finir, il faudrait qu'il ne soit plus possible pour les magistrats de passer à leur guise du parquet au siège.
