samedi 10 octobre 2009

l'affaire Polanski

Je n'aime en principe pas entrer dans les polémiques de politiciens, c'est pour cette raison que je me suis refusé à invoquer "l'affaire Polanski" jusqu'à aujourd'hui. Pourtant, ce matin, je m'interroge, car cette histoire prend beaucoup d'ampleur.
Le Gouvernement nous assène depuis son entrée au pouvoir d'une politique plus que sécuritaire en matière de Justice, dénoncée par les praticiens du droit et bien d'autres. Il semble aujourd'hui que l'on aille plus loin, un nouveau principe est décrété : cela ne vaut que pour certains.
Pourquoi M. Roman Polanski ne serait pas soumis à la même loi que les autres. Parce que cette loi est injuste ? La loi est effectivement quelquefois injuste, c'est bien ce que nous nous efforçons de dénoncer chaque jour de notre vie, mais si elle est injuste, félicitons-nous au moins du fait qu'elle est (jusqu'alors) la même pour tous. Chaque jour, des personnes sont poursuivies, en France et ailleurs, pour des faits anciens. Si le Gouvernement trouve cela injuste, pourquoi montre t-il alors la volonté de rallonger sans cesse les délais de prescription à la fois de l'action publique (délai pour poursuivre) et des peines (délais pour faire appliquer la peine après le prononcé du jugement) ? Avant de condamner les autres, M. Sarkozy ne devrait-il pas balayer devant la porte de la France ?

Pourquoi Polanski devrait-il échapper à son procès ?
On ne peut pas crier à l'injustice en échappant à son procès mais en s'y présentant et en y imposant ses arguments.

Quelle est cette politique qui est sécuritaire en interne mais plus que permissive chez les autres? Je ne suis ni pour l'une ni pour l' autre. Efforçons-nous de trouver un juste milieu et de maintenir une certaine logique dans nos choix.

vendredi 2 octobre 2009

La récidive

La récidive est un sujet délicat.
On a entendu beaucoup de choses à ce sujet ces derniers jours, nous connaissons tous l'histoire de cette joggeuse qui fait tragiquement l'actualité. J'ai entendu par exemple : "Comment a t-on pu laisser un homme faire ça ? ". C'est encore une question à la Minority Report. Tout le monde a vu ce film et a été choqué, pourtant je vois que peu en ont tiré des leçons.
Moi aussi, j'aimerai que ce genre de faits indescriptibles ne se produisent jamais et qu'il n'y ait pas de victime. Pourtant, il est impossible de prévoir ce qu'un homme va faire et donc de l'empêcher, par des actions préventives, de commettre des actes aussi atroces soient-ils.
En chacun de nous, il existe un facteur risque de commettre un crime, plus ou moins élevé suivant notre personnalité et les circonstances.

Certains me diront "si on peut au moins empêcher ceux qui se sont fait prendre une fois, de ne plus recommencer...". A ceux-là, je réponds qu'une récente étude nous informe que seulement 1.6 % des délinquants sexuels récidivent. Je sais que cela est dur à croire mais tous ceux qui s'intéressent à la criminalité connaissent le taux peu élevé de ce chiffre.

Ce qui donne l'impression que ce type de criminel a tendance à récidiver, est simplement le jeu des médias qui ne transmettent à la population que les cas de récidives et qui ne montrent jamais à l'écran ou sur le papier ceux qui ont purgé leur peine et qui retrouvent une vie sociale "normale". Eh oui, je vous garantis que cela arrive, certains ne recommencent jamais et même la plus grande majorité.
Tout le monde, devrait se révolter contre cette manipulation médiatique. Les hommes politiques qui se servent encore aujourd'hui de faits pris au hasard dans l'actualité juridique pour débloquer un projet de loi, profitent de l'affolement de l'opinion publique et de la montée de la peur parmi la population, qu'ils ont engendrés, en choisissant les faits qui vont être diffusés.

Si la population était au courant de seulement 1/10 des faits pénaux présent au tribunaux (dont je rappelle qu'il sont ouverts au public), elle se rendrait compte du peu d'information dont elle dispose à ce sujet. Le peu d'information étant précieusement choisi.
Comment peut-on alors parler d'un sujet que l'on ne connaît pas.

Tout le monde se met à faire des théories sur la criminalité, vais-je faire des théories sur les techniques de guérison du sida ?

Ne parlons pas d'un problème que l'on ne connaît pas, ou que l'on ne connaît que par des informations choisies pour nous faire penser dans un sens particulier (cela me fait penser aux sophistes, enfin au sens donné à ce mot par Platon, et non à ce qu'ils étaient vraiment, ce serait trop d'honneur je crois).

Vous voulez parler de la récidive ? Très bien, allez en prison, allez au tribunal, allez voir des associations qui aident les délinquants, les surveillants de prison, les éducateurs, les juges, les avocats, les CIP (conseillers d'insertion et de probation) ... Tous travaillent dur tous les jours sur cette criminalité.

On ne peut pas plus empêcher la récidive, qu'on ne peut empêcher une infraction qui est commise pour la première fois par un Homme.
Que cela se sache, n'importe quelle réforme n'empêchera jamais que des crimes soient commis.
La criminalité est une résultante de la qualité d'Homme, de tous et non de certains.
La société ne peut que punir une fois l'infraction commise, mobilisons nous, pour améliorer ces sanctions de sorte que si elles punissent, elles n'accentuent pas la récidive.

Je ne comprends pas certaines personnes, elles se disent : "les conditions de prison on s'en fout, ils n'avaient qu'à ne pas commettre d'infraction, on ne va pas plaindre les détenus". Aujourd'hui elles disent : "rrooo toute cette récidive, il faut arrêter ça".
Ouvrez les yeux. . Quand je vois ces différents faits, au lieu de me dire la même chose qu'elles, je me dis : " Si on ne peut pas empêcher la récidive, on peut au moins empêcher de la provoquer". Cela passe par exemple, par de meilleures conditions de détention. Une énième réforme de Sarkosy n'est pas nécessaire, mais améliorer la loi pénitentiaire actuellement au Parlement est une urgence.

jeudi 10 septembre 2009

Et la lutte contre les libertés continue

Le Ministère de la Justice, qui en a assez de voir tant de libertés nuire à notre Etat, trouve courageusement un nouveau prétexte pour les combattre.
Jusqu'à maintenant, il se servait de l'actualité pour mener une lutte acharnée au jour le jour contre la délinquance qui nous menace tous. Ce qui était plus que regrettable, puisque les réformes étaient le plus souvent inadéquates. Maintenant, à la surprise générale, il se sert de la grippe A, ce qui à mon avis manque de logique, pour faire passer des mesures qui n'en ont pas.
(ou alors qu'on m'explique où est la logique, je suis encore éberlué par cette mesure)

Comme l'a dénoncé un syndicat de magistrats, le gouvernement a décidé en cas de crise de la grippe A de mettre en place un plan d'urgence au sein de ce qu'on ose encore appeler notre Justice.

Je cite alors la lettre ouverte de ce syndicat pour vous faire part de ces mesures :

"Il prévoit notamment, pour un délai de 6 mois renouvelable une fois :

- de faire juger les mineurs par le tribunal correctionnel, au mépris des principes constitutionnels et internationaux en la matière ;

- de confier toutes les audiences pénales à un seul magistrat, en violation du principe de collégialité ;

- de remettre en cause la publicité des débats, en prévoyant la possibilité de généraliser le huis clos ;

- de réduire les droits des personnes gardées à vue, en particulier celui de s’entretenir avec un avocat qui pourrait être inexplicablement différé à la 24ème heure ;


- de prolonger les délais de détention provisoire de 4 à 6 mois, sans audience ni débat devant le juge des libertés et de la détention qui statuerait sur dossier;

- de suspendre tous les délais de prescription. "


J'aimerais donc grandement qu'on m'explique, en quoi une seule de ces mesures, permettrait de réduire les risques de grippe A.

Si ces mesures étaient utiles à la prévention de la grippe A, je crierai au scandale. Le simple risque de propagation, d'une maladie, aussi grave qu'une petite grippe traditionnelle qui n'a jamais fait arrêter de tourner le monde, ne justifiera jamais une atteinte aussi considérable aux droits qui font qu'aujourd'hui notre Etat est dit de droit et démocratique. (à ma connaissance il y a moins de décès de la grippe A que de la grippe tout court)

Mais, étant donné que ces mesures, ne sont même pas utiles (ou alors qu'on m'explique), j'avoue ne pas savoir que dire.

Pourquoi de telles mesures? Quel est l'objectif si ce n'est pas d'éviter la grippe ?



Je souhaite simplement ajouter que si ce plan est liberticide au fond, il l'est aussi de part sa forme.

En effet, une telle mesure, dérogation inégalée à nos droits (ou presque mais à à une période noire), est prise par le gouvernement seul (pour l'instant c'est un projet d'ordonnance), sans passer par la voie démocratique (le parlement).

mardi 1 septembre 2009

la réforme Léger encore elle

Aujourd'hui, alors que je lisais le journal sur le net, j'ai vu "Merkel : en 1939, l'Allemagne a provoqué la plus grande tragédie en Europe" et en dessous "réforme de la procédure pénale : remise à Sarkozy du rapport Léger"
Autant vous dire que j'ai ri ... jaune"

Je ne peux cesser de penser à ce qu'ont ressenti les allemands, au fur et à mesure,que s'installait un régime totalitariste dans leur pays. Selon l'expression "Rome ne s'est pas fait en un jour". On ne leur a pas dit dès les premiers jours, "bon ce soir on met en place un régime liberticide"
Ils devaient tous se dire au fur et à mesure que les réformes nazies avançaient "bof c'est pas si grave que ça"
C'est exactement ce que se disent aujourd'hui les citoyens français. "bof c'est pas si grave que cela". "Non c'est vraiment impossible, aujourd'hui on a tiré les leçons du passé, quelque chose comme ce qui s'est passé hier ne peut plus arriver". Ce que moi aussi j'osais croire jusqu'alors.
Et là, je me souviens du film allemand que j'ai vu au cinéma "la vague". Il montre qu'encore aujourd'hui une foule peut être mobilisée vers une cause qu'on lui fait croire juste, petit à petit, pour aboutir à quelque chose de plus grand.

Je ne m'avancerai pas à comparer notre régime actuel à un régime qui avance vers la dictature, non je ne me risquerai pas à être poursuivi pour diffamation. (quoique dans des poursuites pour diffamation on peut encore prouver l'exceptio veritatis ... enfin bon).

Ce que je veux dire, c'est que comme le faisait remarquer très justement l'ensemble des philosophes qui ont plus qu'influencé la création de notre Etat de droit (j'ose espérer que c'est encore le cas, ce dont je doute si l'on vote une telle réforme), la démocratie est dangereuse. En effet, c'est toujours le plus grand nombre qui parle. Le problème dans ce genre de situation c'est que les plus nombreux ont toujours raison même s'ils ont tort. S'il y a une majorité d'imbéciles, les imbéciles auront raison, et à leur tête décidera un imbécile. Encore une fois je ne me risquerai pas à comparer cette situation avec la situation actuelle mais forçons l'exemple pour que tout le monde comprenne.
En tout cas, les politiques l'ont bien compris pour gagner ou pour se faire aimer, il faut convaincre le plus grand nombre. Il n'y a qu'un pas entre convaincre et manipuler.
Manipuler, c'est montrer les images que l'on veut, appuyer sur les actualités que l'on sait pertinentes, s'en servir pour sensibiliser le public et proposer une solution qui au premier abord semble efficace, mais qui en creusant n'est qu'un saut en arrière vers une société dangereuse.

Aujourd'hui, même si on est encore loin d'une situation aussi extrême que celles que j'ai écrites supra, on commence à aller vers un régime qui nuit à nos libertés et j'ose le mot, liberticide.
Comment accepter que ce soit le procureur sous la subordination du gouvernement qui dirige une enquête ? Le politique dirigera ainsi toute la justice. Le pouvoir exécutif pourra décider des enquêtes qui seront prioritaires, ou de celles qu'il faut faire traîner (cf article sur la suppression du juge d'instruction). C'est une atteinte considérable à la séparation des pouvoirs, qui est le symbole d'une République.
Sans cette séparation des pouvoirs, dire que nous sommes une République est un contre-sens étymologique.
Encore pire, on laisse le procureur réunir toutes les preuves, mais le procureur n'est qu'une partie au procès. Il choisira les preuves qui sont en sa faveur et donc celles en faveur du gouvernement, pas en la faveur d'un justice équitable, ne soyons pas naïfs. Pour cela, il aura tous les moyens à sa disposition, ceux qui lui sont donnés par l'Etat, autant dire de grands moyens d'action, d'enquête, de fouille. De son coté, l'avocat de l'accusé, qui sera seul à réunir les preuves de l'innocence de son client, ne bénéficiera pas des mêmes moyens. Ce sera encore pire, lorsque l'avocat sera commis d'office et que son client n'aura pas les moyens financiers pour qu'il fasse des recherches. Cette proposition est une atteinte plus qu'évidente au principe d'égalité des armes, fermement défendue par la CEDH. On se retrouvera dans la même situation que sous l'Ancien Régime : on se retrouvera à l'audience devant le juge qui exhibera toutes les preuves contre nous, que l'on ne pourra pas contester, même si elles sont fausses, parce qu'on n'en a pas les moyens (pouvoir aujourd'hui appartenant au juge d'instruction).

Ne parlons même pas du fait, que tous les justiciables ne seront pas à égalité, les plus riches pourront mieux se défendre, auront de meilleurs avocats, pourront plus facilement obtenir des preuves. Je ne me voile pas la face, c'est déjà plus ou moins le cas aujourd'hui, mais justement le juge d'instruction est un garde fou qui permet un équilibre, car il recherche les preuves aussi en faveur de l'accusé et de manière neutre (vis-à-vis du gouvernement en tout les cas).

"Mais c'est pas grave" me dira t-on, s'il n'a pas les moyens financiers pour se défendre et prouver qu'il est innocent, l'accusé n'aura qu'à plaider coupable, la procédure sera abrégée, il aura moins à payer et comble de sa chance il aura une peine moins grande que celle prévue en principe pour ce genre d'infractions. Mais quel est ce système !!! (cf : article sur la CRPC)
Toutes ces mesures sont des atteintes pures et dures aux droits, que toute notre Histoire (en période civilisée) a eues tant de ferveur à construire, et dont nous, français, nous pouvons être fiers.
Selon les mots de la CEDH, que tout juriste reconnaîtra, cela n'est pas acceptable vis-à-vis des exigences d'une société dite démocratique.
En supprimant, ou du moins en restreignant ces droits de la défense, au delà de la mesure raisonnable, nous perdons le titre que nous méritons aujourd'hui de démocratie.

Que sommes nous si nous ne sommes plus une République ni une Démocratie ?
Toutes ces réformes font peur. Tout juriste le sait, on peut tous un jour être poursuivis en justice, innocent ou coupable. Prouver notre innocence sera un vrai parcours du combattant où pouvoir et argent seront plus exacerbés que jamais.

Ne nous méprenons pas en tout cas, cette réforme est plus qu'une question de procédure et de règle du procès, c'est un réel enjeu pour nos libertés et notre régime étatique.
Il faut prendre conscience au moins de ça.

lundi 17 août 2009

without sanctuary book


Ce matin j'ai découvert dans le journal Le Monde ce livre: Without Sanctuary. Il raconte par le biais de photos, une partie de l'histoire du peuple américain. (Il fait aussi l'objet d'une exposition aux USA)
C'est d'ailleurs le genre d'histoire qui fait l'Histoire, plus que celle du peuple américain, c'est notre Histoire à tous.
J'ai été choqué par ce livre, par les images en elles-mêmes, mais encore plus, par ce dont elles m'ont fait prendre conscience.
Ces images, je ne les connaissait pas avant. Pourtant comme je l'ai dit ce sont des images de notre Histoire.
Tout le monde connaît les images de la seconde guerre mondiale, celles des camps de concentration, des juifs déshumanisés, de cette industrie de la mort, dans le monde entier. C'est à raison, il ne faut pas oublier.
Ce qui m'a choqué aujourd'hui, c'est que nous ne connaissons pas les photos présentées par ce livre, qui méritent pourtant tout autant, que chaque humain les connaisse.
Ce livre réunit des cartes postales, qui sont aussi des photos, du lynchage des noirs en Amérique. Elles étaient vendues comme trophée dans les rues. A travers elles, on peut voir les tortures que les blancs leur ont fait subir, mais aussi, l'indifférence des blancs de l'époque vis-à-vis de cette souffrance.
Un lecteur a dit, les blancs n'ont pas plus de compassion que si c'était des chiens qui étaient pendus devant eux. Moi je dis que les blancs de l'époque auraient eu plus de compassion si cela avait été des chiens.
Bien sur, nous savons tous que l'Amérique a été une terre d'esclaves en particulier dans le sud. Mais connaître cette réalité et la voir sont deux choses différentes.
Je vous incite donc à taper sur Internet le titre de ce livre pour prendre conscience de cette ère noire de Notre Histoire.

samedi 15 août 2009

La fin de la prison comme principe


Dire que la prison, n'est pas, la plupart du temps une peine adéquate, est toujours perçu comme une plaidoirie en faveur des auteurs mais jamais des victimes. Il est vrai que c'est souvent les conditions des détenus qui sont dénoncées, ce qui leur nuit en priorité à eux. Des conditions qui sont inacceptables, puisque je le répète encore dans cet article, avant d'être des détenus, ce sont des hommes, qui méritent tout autant que les autres, le respect en cette qualité. En tant qu'Homme nous même, nous ne pouvons leur enlever ce respect.

Au contraire, ceux qui prennent position pour défendre la société sont toujours perçus et souvent à raison d'ailleurs, comme des patriotes un peu trop exacerbés. (je n'irai pas plus loin, vous avez compris).

Tous ceux qui me connaissent, savent que je suis presque toujours rangé dans la première catégorie et plutôt deux fois qu'une.

Mais aujourd'hui ce que je voudrais démontrer, c'est qu'en plus d'être infamante pour les détenus, la peine de prison l'est aussi pour la société, et les victimes qui souhaitent réduire la délinquance et éviter la récidive. Nous y gagnerions tous à changer cet état de fait.

Puisque la seule inhumanité de la peine envers les détenus ne suffit pas, il faut convaincre par ce qui touche le commun des mortels, voilà la raison de cet article.

La peine de prison, n'existe, que depuis la période post révolutionnaire. L'idée de la prison est une bonne idée. C'est mettre les hommes à l'écart de la société pour qu'ils réfléchissent sur ce qu'ils ont fait, et qu'ils en ressortent meilleurs vis-à-vis des normes imposées par la société. C'est d'ailleurs pour cela, que les prisons sont des copies, vis à vis des règles imposées ainsi que de leur architecture, des monastères (en tout cas dans un premiers temps du moins). D'ailleurs, les premières prisons sont nées dans des monastères récupérés par les révolutionnaires, au Clergé déchu. Citons le Mont saint Michel, la prison de Carmes ou encore l'ancienne prison du 6ème arrondissement de Paris.

Le problème, c'est que ce retour sur soi n'opère pas. Pourquoi ? surpopulation carcérale, ambiance de clan, humiliation, infantilisation … , la vie en prison est à la fois longue et très (mal) occupée.

En sortant, un terroriste a t-il changé d'avis ? Un violeur va t-il pouvoir contenir ses pulsions sexuelles ? Un braqueur de banque, qui veut défier l'Etat, va t-il arrêter ? Non. Car la prison n'est pas une réponse à leur type de criminalité. En est t-elle une pour certaines ?

En plus de ne pas avoir tiré de leçon de leur peine, ces hommes vont souvent accroître leur haine envers la société et le système ce qui va les conduire à s'en exclure davantage. (ce n'est évidemment pas toujours le cas, encore heureux, mais c'est la situation d'un bon nombre). Pire encore, ils n'auront pas forcément compris le mal qu'ils ont engendrés à leurs victimes, or c'est ce que souhaitent les victimes avant tout, le regret, et la reconnaissance.

La peine pour être efficace, doit être en corrélation avec l'infraction constatée.

Puisque notre société a choisi, et c'est à raison, de ne pas assassiner ceux qui ne répondent pas à ses critères, c'est qu'elle accepte, que quelle que soit la personnalité de ses membres, ils doivent pouvoir en faire partie.

Il faut donc faire en sorte que des reconnus coupables puissent, après avoir payés leur dette à la société, être correctement réintégrés à celle-ci et ainsi respecter ses règles.

Pour que cela soit possible, il faut que pendant leur peine, ils ne soient pas totalement coupés de cette société. Comment sinon recréer un lien qui a été perdu, quelquefois pendant plusieurs années, voire pire, qui n'a jamais existé.

La prison ne parvient pas à faire cela. Pourquoi alors la prison est-elle encore aujourd'hui une peine de principe, même lorsque le prévenu est toujours sous la couverture de la présomption d'innocence, en attendant son procès? (ce deuxième point est un autre débat complexe que j'aborderai plus tard)

C'est la peine « fourre-tout ». « On ne sait pas ce qu'on va faire de toi alors va en prison. ». Oui et après ? La prison est un signe d'échec de notre société qui ne sait pas traiter la délinquance.

Pourquoi couper du monde des personnes que l'on punit précisément parce qu'elles ne se sont pas suffisamment intégrées à la société, en ce qu'elles ne respectaient pas ses codes moraux?

Beaucoup de criminels, comme Francis Haulme par exemple, avaient bien avant de commettre des violences, tirés les sonnettes d'alarme de notre société. Il avait demandé son internement plusieurs fois pour se protéger de lui-même, et protéger les autres de lui, parce que quelque chose en lui le dépassait.

Pourquoi cela dépassait-il aussi la société qui n'a pu répondre à ses appels et la dépasse toujours.

Pourquoi la société ne peut-elle pas gérer ce qui touche ses citoyens aussi profondément et qui n'est pas si exceptionnel que cela ?

Il existe à mon avis d'autres solutions que la prison. Je me sens obligé d'en donner quelques exemples, on ne peut critiquer un système sans en proposer des améliorations.

Il faut, dès que les premiers actes de délinquance se manifestent, agir. Agir ne veut pas dire augmenter les actes de répression et mettre des gamins en prison, durcir la réponse. C'est agir opportunément, traiter différemment la délinquance, selon le type de délinquance. Or cela n'est possible qu'en en trouvant son origine. Comprendre et non excuser, pour solutionner le problème.

Certains enfants, dans les cités, lancent des cailloux contre les voitures de policiers. Un jour un éducateur m'a dit : au lieu de le poursuivre devant un tribunal, le procureur a décidé de lui faire visiter le Sénat, de lui expliquer comment fonctionne la Police et de lui montrer que les policiers travaillent pour la société et non contre sa cité. Eh oui cela a marché, en tout cas pour ce garçon. Cela peut paraître aberrant que de si petites choses fonctionnent, mais si.

Quelquefois pour comprendre, il suffit simplement d'expliquer ! Ainsi aujourd'hui cet enfant salue les policiers dès qu'il en voit, eux mêmes me l'ont raconté. Au lieu de s'embourber dans la délinquance et de faire monter la haine, il a pris conscience de la société.

Pourquoi alors ne pas instaurer à l'école dès le plus jeune âge, des visites, des cours plus approfondis sur le fonctionnement de cette société. Il n'est nullement question de morale ici, mais d'éducation civique.

Je ne prétends pas que toute la délinquance pourra se régler par ces simples gestes, il faut toujours adapter la mesure au propos.

Pour d'autres criminels, que l'on nomme « tueurs en série » et qui demandent quelquefois eux mêmes à être soignés, pourquoi ne pas multiplier les suivis socio-psychologiques et psychiatriques, autoriser des traitements pour diminuer la libido pour ceux qui acceptent... Cela existe en Allemagne et les condamnés reconnaissent son efficacité. Eh oui, rappelons que la plupart des délinquants sexuels sont esclaves de leurs pulsions et voudraient s'en séparer, pourquoi ne pas les satisfaire et satisfaire aussi la société. Malgré tout, cette question fait débat et elle est encore à discuter, je ne suis pas moi-même entièrement convaincu par cette dernière solution vis à vis des risques d'abus, mais c'est une possibilité qu'il ne faut pas négliger.

Pourquoi aussi ne pas créer des hôpitaux psychiatrique-prison, pour mieux adapter les soins, pour mieux se pencher sur chaque cas, et mieux adapter la réponse.

Ensuite, un directeur d'hôpital psychiatrique a créé, il y a quelques années, une sorte de ville-hôpital-psychiatrique, cela permet aux malades de rester d'une certaine manière dans notre société, la ville fonctionne de la même manière, leur apprendre à vivre tout le monde, sans les désocialiser pour leur permettre de mieux s'y réintégrer ensuite. Pourquoi ne pas créer des villes-prisons dans lesquelles les hommes seraient mis à l'écart sans être totalement désocialisés. Evidemment cela ne serait possible que pour certains types de criminels, ou pour des individus en détention provisoire par exemple.

Ce ne sont que quelques idées mais les professionnels qui côtoient les détenus et les condamnés tous les jours ont certainement d'autres propositions.

D'autres solutions sont possibles, toutes ne sont pas forcément bonnes, mais il est possible au moins d'y penser pour les améliorer, pour remplacer cette peine de prison qui désocialise sans re-socialiser à sa sortie, ce qui est dangereux pour notre société, qui est perçu comme injuste par les détenus et comme inutile par les victimes.

dimanche 26 juillet 2009

Les fouilles à nu inhumaines


Un rapport de la CNDS (Commission nationale de déontologie de la sécurité : Autorité administrative indépendante) dénonce "des traitements inhumains et dégradants" lors de dépôts au palais de justice de Paris.

Lors de ces dépôts, vous pouvez être fouillé à nu. Ces traitements peuvent sembler justifiés pour des raisons de sécurité. Il n'en demeure pas moins qu'ils sont dégradants. 
Leur inutilité semble, en outre, évidente en ce que des scanners thermiques existent ce qui éviterait les fouilles à nu.

Mais ce n'est pas que l'idée de fouilles à nu qui est dégradante mais bien les conditions de sa pratique.
Au palais de justice de Paris, vous passez entre plusieurs mains. Vous êtes fouillé à la sortie de la Maison d'arrêt, puis au palais. Au palais, certains se font fouiller par un policier à l'arrivée et par un gendarme à la sortie.
Comment expliquer ces fouilles à répétitions. Notre sac à main est moins fouillé que cela à l'aéroport dont on trouve déjà que les conditions de sécurité sont insupportables.

Mais ce n'est pas fini, alors même que l'on peut trouver cela dégradant et inhumain, ce n'est pas tout.
Bien souvent les individus, (oui ce sont encore des êtres humains malgré que ce qu'on leur fait subir), sont fouillés à deux dans une même pièce.

Imaginez vous alors, vous déshabiller dans une pièce avec plusieurs personnes : des services pénitenciers, des policiers et/ou des gendarmes (souvent par 4 ) et un autre détenu. Une fois cette première honte passée, le rapport nous indique que vous devez vous accroupir ou vous pencher, selon que vous êtes homme ou femme, et que vous devez tousser trois fois les jambes écartées. "Une fois que vos cheveux, votre bouche et votre anus ont été contrôlé, vous pouvez vous rhabiller puis passer sous un portique détecteur de métaux.

Cela ne fait aucune différence, mais ajoutons tout de même, pour mieux attirer les esprits (à tort) que ces personnes sont la plupart du temps encore présumées innocentes.

De telles pratiques semblent-elles réellement indispensables. Notre société traite t-elle les hommes d'une manière acceptable pour une société démocratique?