mardi 14 juillet 2009

Le droit pénal et la criminologie


Depuis un moment (et encore pour longtemps), un grand débat se tient entre théoriciens du droit et praticiens du droit à propos de la complicité entre criminologie et droit pénal. Si je parle de ce conflit, c'est suite à l'ouverture d'un Master 2 Criminologie à Assas qui ne fait pas l'unanimité.

Je ne vois pas où il y a débat. Depuis toujours, c'est la criminologie (même si la matière n'était pas nommée ainsi, cela en était sans le savoir) qui permet de créer de nouvelles règles de droit. C'est bien de l'étude des sujets de droit dans notre société qu'elles sont issues. Le droit en général n'a t-il pas été créé pour répondre aux besoins de la société ?
La sociologie, la philosophie et donc la criminologie sont indissociables du droit pénal, car elles le font évoluer, s'adapter, et le rendent le plus adéquat possible à nos vies. (autorisation de l'IVG, interdiction de la peine de mort ... ). 
Prenons un exemple : pourquoi interdire le port de la croix gammée : en pur droit on ne comprend pas cette interdiction : la règle est la liberté d'opinion et d'expression. Il faut regarder plus loin que le droit pour la justifier, il faut regarder notre histoire, notre société. On comprend que cela nécessite une réflexion différente que de "simplement" se demander s'il y a inexistance ou nullité en matière d'erreur-obstacle. (pure réflexion juridique à propos de la rencontre des volontés lors de la formation d'un contrat)

L'intérêt du droit pénal par rapport aux autres droits, c'est qu'il est bien plus emprunt de cette dimension humaine (par essence comminatoire et répressif). Ainsi pour être pénaliste, il ne suffit pas de maîtriser le droit (pénal) il faut aussi être criminologue. Cela ne veut pas dire que le droit tient une place moindre que dans les autres branches du Droit. Au contraire, il faut en plus d'être un virtuose du droit, se pousser à d'autres réflexions. C'est ce qui donne son charme au Droit pénal mais aussi sa complexité.

Je pense que c'est néanmoins le cas dans toutes les branches du Droit (à moindres mesures !? les enjeux étant différents). En effet, dans toutes les branches, pour être un bon juriste, il ne suffit pas de connaître sur le bout des doigts le droit en vigueur. (l'article du code qui s'y rapporte, la dernière jurisprudence). Il faut aussi s'intéresser à ce qu'il y a autour, à ce pourquoi il existe et ce qui le fait évoluer. C'est ainsi que l'on peut véritablement être bon dans son domaine. Cf : Jourdain (pour citer une autre matière).

Croyez-vous que d'Hammourabi à Badinter en passant par Beccaria, les "pénalistes" n'ont fait qu'apprendre leur Droit, n'ont-ils pas regardé autour d'eux (la société) pour proposer des changements ? Sans le savoir ou en connaissance de cause, ils ont enrichi le droit de philosophie et de sociologie.

Ainsi un juriste (pénaliste) qui ne s'intéresse qu'au droit (pénal) stricto sensu, élude une grande partie de la matière, mais est aussi un juriste qui a bien peu d'ambitions.

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